Entre deux chaises
Entre deux chaises, c’est là que se prend la pause. On se conte nos petits malaises, on cause. Un peu de tout, un peu de rien. Mais surtout de ce qui va moins bien. De ce qu’on n’arrive pas à faire décemment, de ce qu’on n’a pas réussi dernièrement. De nos listes de choses à faire ou à améliorer, de tout ce qui finalement n’est pas encore réglé. Parce que l’on se juge beaucoup et que l’on se sent beaucoup jugé; parce qu’on se le botte tout le temps et qu’on se le fait botter, on choisit délibérément de poser notre derrière bien à l’aise entre deux chaises.
Entre deux chaises, c’est le banc d’essai… et d’erreurs. Il est permis de se tromper, de changer d’idée, d’avoir peur. D’être parfois moins performant, de ne pas réussir au premier élan. D’être fatigué et d’oser l’avouer sans trembler. Entre deux chaises, c’est l’atelier pratique d’art dédramatique. On se modère, on se console. Et au fond, on a du bol. Car on apprend, tandis qu’il en est encore temps, que le culte de la performance nous fait amplifier l’importance de nos expériences. On se pondère donc devant ce qui n’est pas une totale réussite. On ne se flagelle plus, on se réhabilite.
Entre deux chaises, la voie est libre. On gambade de la corde raide au point d’équilibre. Entre deux chaises, c’est l’allée du milieu, celle où le point de vue passe du meilleur au mieux. C’est le sentier qui mène loin du mélodrame. Ce n’est certes pas le lieu où l’on se fend le crâne. Bien sûr qu’entre deux chaises on nuance et on pense, mais on peut plancher en prenant à la fois sont temps et son pied.
Entre deux chaises, on laisse tomber ses dossiers, on révise ses assises. On largue la perfection. On pave la voie à l’amélioration. Chacun son rythme, chacun sa façon, car il y a plus d’un accès au temple du succès. On choisit donc nos armes, on mouche notre nez, on sèche nos larmes. On sort de nos beaux draps et on choisit notre combat. Et surtout, surtout, parce qu’entre deux chaises on peut avancer, on réapprend à marcher en respirant par le nez.



