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15 août 2011

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Contre la montre

par Valérie des Temps qui courent

À temps plein, le temps manque

Nos vies sont hantées par le tic tac. Elles suivent les aiguilles de l’horloge comme des ombres. La case vide n’existe plus. La ligne vierge n’existe pas. La chose la plus étonnante qui soit est une page blanche dans l’agenda.

On soutient le rythme ahurissant d’un bal quotidien abrutissant où l’on tourbillonne, on babille, on papillonne, on s’éparpille. On s’agite, on s’excite, on va dans tous les sens. Nos vies n’ont plus d’essence : on est toujours pressé, toujours dans le jus. Et même si on n’en a plus, épuisés, on avance.

Faire son temps

Le temps nous est compté, on le compte tout le temps. On fait des miles et des dollars à l’heure, des appels à la minute, on facture à la seconde. On démarre en trombe, gonflés à bloc, et on crève, stupéfaits, au premier choc. On traverse la vie en courant, puis on s’évapore dans l’air du temps.

Si on prend son temps au milieu de la frénésie, on est lorgné de travers, accusé d’hérésie. Si on ose jouir du temps, on nous taxe d’impudent. Ce temps tentant, bien sûr, nous aura à l’usure. Mais dans la ronde sur le cadran où les aiguilles nous mènent en laisse, retrouvons dans la seconde un soupçon de noblesse. Brisons le rythme, dépassons la mesure. Risquons un premier pas dans l’ère de la sieste.

Adulte crevé cherche temps mort pour tuer du temps

Le temps presse. Le temps nous presse. Il nous moud, nous émousse, nous élime, nous, les moteurs à caféine aux nerfs à vif coincés sur « spin ». L’heure est venue de traiter le tic nerveux des trotteuses assassines.

Dans ce monde un peu creux, un peu mou, et dont les assises tremblent, dans ce monde, au fond, un peu fou, si on troquait la camisole de force contre la robe de chambre?

Remettons les pendules à leur place. Arrêtons le compteur, mettons-le sur la glace. Qui ne rêve pas de faire dérailler le train-train? De flâner le nez en l’air? De s’attarder en chemin? Qui n’a pas envie de vivre mieux en se tuant moins?

Vive le temps… vive le temps libre!

On fait taire le coucou, on le détraque. On cherche des tactiques contre le tic tac. On s’entraîne pour devenir stratège du hamac. C’est la croisade contre l’horaire. La pause est nécessaire. La cause, humanitaire. La mission, salutaire : prendre son temps et prendre l’air.

Avant de tous sombrer au fond du sablier, avant la fin des temps, il y a moyen, sans s’épuiser, de faire beaucoup de choses et de les faire en grand. Sans oisiveté, ni désoeuvrement, on emploie de plein gré son temps autrement.

Pour être souverain du tic tac arbitraire, pour prendre à l’instant le pas sur les instances de l’horaire, on déblaie les plages du calendrier. Et par les temps qui courent, on choisit de marcher!

 

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Un commentaire Poster un commentaire
  1. Gueuze Lambic
    Déc 7 2011

    C’est pas à la porté de tout le monde de comprendre ces quelques lignes. La plupart des gens ne se rendent même pas compte qu’ils sont pressés comme in citron par le sablier social. Le «moule de la société colle si bien à notre muffin intérieur» que, pour s’en décoller, on doit réapprendre à penser par soi-même, réapprendre à comprendre la réallité. Réapprendre que la Vie, c’est si simple…

    Et si un jour on y arrive… attention ! On risque de devenir malheureux si on n’a pas le courage d’aller à contre-courant.

    Heureux les simples d’esprit… Heureux les braves… Malheureux les peureux…

    Réponse

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