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12 septembre 2011

Viser la tête et se tirer dans le pied

par Valérie des Temps qui courent

On s’agite sans cesse. Sphère professionnelle, sphère privée, on a du mal à s’arrêter de tourner. On veut être reconnu et efficace, on veut faire sa place, laisser sa marque. On vit sous la pression immense de la performance à outrance. On doit gérer son trac, faut surtout pas qu’on craque. On s’arrache les cheveux, puis on les coupe en quatre. Et on s’étonne d’être surpris si un jour un mur nous frappe…

On entend parler de réussites, d’exploits, de succès, de bénéfices accrus, de moments de grâce où untel a resplendi comme jamais. Alors on veut, comme les héros du quotidien qu’on nous vante, tout réussir, tout parfaire, tout finir dans le temps de le dire. On veut avoir l’air organisé, en contrôle, infaillible. On veut paraître au-dessus de nos affaires, discipliné, invincible. On se fouette le carburateur : on a la première place dans le viseur.

On se tue pour la une

À la maison comme au boulot, on marche à coup de « je dois », de « il faut ». Il faut être le citoyen exemplaire, l’employé exemplaire, le parent exemplaire, l’amant exemplaire, l’hôte exemplaire, la ménagère exemplaire, le maître d’un chien exemplaire. Partout, tout le temps, il semble que l’on doive viser l’excellence. La cible, c’est toujours le pic, le top, le fin du fin en toute circonstance. L’ascension a tout pour être belle, mais si on n’est pas prudent, la chute peut être cruelle.

On s’astreint. On se contraint. On maintient la cadence : être à la hauteur, aller plus vite, sauter les obstacles, repousser les limites. On ne compte plus les heures supplémentaires. On a la langue à terre. Elle mord la poussière à dix pas derrière. Et on s’en veut – oh, comme on s’en veut – de ne pas arriver au bout de nos journées frais, content et épanoui comme on le devrait. On se dit alors qu’on est sans doute minable, puisque le voisin, lui, en est capable.

Couper court à l’ordre du jour

On nous en demande beaucoup au travail, on s’en demande tout autant au bercail. L’agenda fait une indigestion de post-it, le calendrier, lui, croule sous les notes manuscrites. De l’aurore à la tombée du corps, on court, on court, on court. Mais à la longue, c’est vraiment crevant de se ramener à l’ordre tout le temps et de ramener son chez-soi à l’ordre en même temps.

On s’imagine de plus être seul à ne pas y arriver. On se sent débordé, on devient complexé. On a beau essayer, on a beau s’échiner, à la fin c’est déprimant de se croire incompétent. Mais on court, on court, et on court encore. Il nous semble toujours qu’on n’arrive nulle part. Les journées sont longues, les semaines pénibles. Est-ce que par hasard, on se tromperait de cible?

Planter son drapeau au sommet sans se planter

Mettons pour un instant un bouchon à la soif de nos ambitions. Réfléchissons. À vouloir à tout prix montrer de quel bois on se chauffe, on se brûle. À vouloir tout faire comme il faut, et dans les délais prescrits, la pression monte dans nos cocos et sans qu’on s’en rende compte, on est cuit. On se crève, mais pour qui déjà? Et pour quoi?

Le moment est venu de réajuster le tir et de mettre à mal nos raisonnements un peu bancals. Parce qu’au fond, on n’a peut-être pas toujours besoin d’aller tâter tous les sommets. Il y a peut-être une nuance à faire entre la réussite vraie et l’idée que l’on s’en fait. Que diriez-vous alors si aujourd’hui on relativisait?

Relativiser, c’est se revitaliser

Même si parfois la douleur morale est aiguë et que l’orgueil en bave, la situation n’est au fond peut-être pas si grave. Il n’est pas ici question de tout abandonner. Il s’agit seulement de moins ambitionner. Oublions un instant sur la tablette le score parfait et le parcours sans faute. Laissons tomber les complexes que nous fout l’autre.

Sacrons-nous patience. Offrons-nous un répit. Donnons-nous une chance. Critiquons nos cibles au lieu d’être la cible de nos critiques. Laissons donc la voie rapide au suivant. Le sommet sera peut-être atteint plus lentement, mais au moins on aura profité de la vue en grimpant. Et peut-être arrivera-t-on en haut frais, content et épanoui comme on le devrait. Alors…

Si on se fixait des objectifs réalistes? Si on déchirait la moitié de la to do list?

Si on misait plutôt sur les petits exploits? Réussir sans pub et être fier de soi.

Et si on se donnait, pour se faire avancer, une tape amicale au lieu d’un coup de pied? 

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