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19 septembre 2011

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Miroir déformant, idées réformées

par Valérie des Temps qui courent

J’ai perdu beaucoup de temps à fuir les miroirs. On a tous et toutes une vision plus ou moins distordue de notre apparence physique. La façon dont on se voit, la perception que l’on a de soi sont relatives et peuvent être altérées par bien des choses : par le regard que notre entourage pose sur nous, par la publicité sur laquelle nos regards se posent ou par des expériences personnelles douloureuses.

Pour ma part, je me bats contre moi-même depuis le secondaire, et avec un succès mitigé, pour me convaincre que je suis autre chose qu’une irrécupérable mocheté. Mais depuis quelque temps, pour la première fois de ma vie, je me trouve pas si pire et même pas mal du tout. Voici comment, après un parcours houleux, j’en suis arrivée là.

Profilage facial

Enfant, mon physique ne m’a jamais préoccupée. Au secondaire cependant, j’ai appris qu’il y avait des opinions divergentes et marquées au chapitre de l’apparence quand deux voisines de casier se sont mises à commenter la mienne. Elles m’appelaient « mairesse Boucher » parce qu’en plus de trouver que j’avais une sale gueule, elles considéraient que j’étais mal habillée. Cette intimidation quotidienne a duré toute une année. Pauvre cocotte! J’étais pourtant mignonne, mais très naïve aussi. Je ne savais pas que des gens pouvaient, par plaisir, en lapider d’autres à grands lancers de méchancetés. Et comme j’avais déjà à l’époque la mèche en rébellion contre la brosse et un goût marqué pour les couleurs vives, il m’a été aisé de croire que j’étais en fait un épouvantable épouvantail.

L’année suivante a permis à cette idée de se cristalliser. Des filles que je considérais comme mes meilleures amies ont essayé de me changer pour que je fasse moins dur : conseils vestimentaires, essais de maquillage, ces très critiques stylistes ont de plus essayé de changer ma façon de parler et ont tenté de me faire croire qu’en plus d’être affreuse, j’étais stupide. Ça, ça n’a pas passé, alors je les ai larguées. Mais le mal était fait. Je ne me sentais pas adéquate. Je n’osais plus faire de sorties, trop gênée par ma soi-disant vilaine apparence. Cela me suit malheureusement encore aujourd’hui. Il m’arrive de vouloir annuler une activité quand je trouve que j’ai la couette un peu trop croche et que, peu importe l’angle, j’ai l’air d’une poche.

Il y a quelque temps, j’ai fait une découverte troublante dans une boîte contenant des photos de mon enfance. Sur mes photos officielles d’école, mon visage a été perforé, barbouillé ou gratté. Ça m’est revenu comme un flash : quelque part vers la fin du secondaire, alors que je ne supportais pas de me regarder, j’ai voulu m’effacer, tirer un trait sur mes traits. Je ne ressens plus aujourd’hui la douleur d’alors. L’intimidation, je ne la vis plus depuis au moins une demi-vie, mais ça m’a quand même causé beaucoup de tort.

S’envisager

Une fois adulte, j’ai continué à ne pas me trouver particulièrement jolie, mais le succès que je connaissais dans les autres sphères de ma vie a su tempérer mon affliction. Je me disais bien que je n’étais pas une beauté aux traits classiques, mais que j’avais quand même un petit genre bien sympathique. Et même si certains matins je ne voyais qu’une fille cernée avec une marque de draps sur la joue et un appareil capillaire en bataille auquel je devais faire la guerre, je commençais à me trouver pas si mal.

Un jour, je suis tombée sur une vidéo produite par Dove qui m’a fait un grand bien et qui m’a, d’une certaine façon, rassurée. Quand on voit ce qu’il est possible de faire avec Photoshop, on ne se demande plus pourquoi on trouve que même maquillée, coiffée, « toilettée », manucurée, pédicurée, on n’arrive jamais à avoir l’air ou même à s’approcher d’un brin de l’air des filles synthétiques des magasines ou des publicités.

Comme dans la vidéo, j’aimerais bien, moi aussi, avoir une armée de lutins entraînés pour m’arranger le portrait tous les matins. Pouvoir, en quelques clics, avoir de moi une image bonifiée avec long cou, grands yeux, bouche pulpeuse et cheveux placés pile-poil. Mais je ne veux même pas faire l’effort de me maquiller. Ça demande du temps que j’aime mieux employer autrement, tout comme le budget d’ailleurs. De plus, j’ai un peu peur des produits qu’on applique sur la peau et vous êtes tout juste sur le point d’apprendre pourquoi.

Pile sur la face

Récemment, j’ai concrètement pu expérimenter la relativité des choses en matière de beauté et d’apparence. J’ai eu au visage une terrible, je dis bien terrible, réaction allergique à la crème solaire. Au lendemain d’une généreuse application d’écran solaire coûtant la peau des fesses et recommandé par les dermatologues, je me suis réveillée le visage douloureux et bouillant. Je croyais d’abord faire une très grosse poussée de fièvre, mais j’ai compris ce qui n’allait pas quand je me suis vue dans le miroir. Ou enfin, quand j’ai essayé de m’y voir. Mon visage était tellement enflé que j’avais du mal à ouvrir les yeux. En fait, on ne pouvait plus vraiment parler d’yeux. C’étaient plutôt deux minces fentes noires perdues au milieu d’une immense boursoufle d’une fort peu discrète couleur bordeaux. Mes paupières et mon nez étaient surdimensionnés. J’avais les joues dans mon angle mort. En fait, elles occupaient une bonne partie de mon champ de vision.

Ma peau était tellement distendue qu’elle en était lustrée (mon visage avait l’air d’un pouf en cuir verni); tellement étirée que je n’avais plus une seule ride au coin de l’œil; tellement rouge qu’il n’y subsistait pas même un cerne gris. Ce qui m’a surtout étonnée, c’est que j’en étais désolée. Désolée d’avoir enfin ce que j’avais si ardemment souhaité à l’adolescence : un nouveau visage! Pour couronner le tout, j’ai eu droit à une poussée d’urticaire dans le cou. Vous m’excuserez si je n’ai pas d’image à vous présenter. Vous comprendrez que je n’ai pas particulièrement tenu à documenter cet épisode peu reluisant (mis à part ma figure) de ma vie.

À fleur de peau

Pendant deux semaines donc, j’ai eu le visage gonflé et rouge vin marbré de violet. Avec mon gros nez, mes petits yeux noirs enfoncés dans la tête et mes immenses joues, j’avais l’air d’un piteux petit cochon rouge. Et je passe par-dessus toute la description de la douleur, car il m’est plus difficile d’en rire. On décrit les symptômes de ce type de réaction allergique comme de l’œdème aigu et intense. C’est pas mal comme ça que je l’ai vécu.

Je suis donc restée chez moi, bourrée d’analgésiques et d’antihistaminiques, avec des compresses sur le visage. Je me demandais, inquiète, si la brûlure chimique causée par la crème solaire allait laisser des marques permanentes. J’avais un peu peur de rester défigurée. J’étais vraiment monstrueuse. Pour une fois, j’avais raison de ne pas oser sortir à cause de mon apparence, car j’aurais fait très peur aux enfants. Mon amoureux avait déjà de la misère à me regarder sans grimacer, et même mes chiens m’enlignaient un peu de travers. Pour ma part, j’évitais les miroirs, car c’était vraiment trop terrifiant de ne pas me reconnaître à ce point, d’être confrontée à une pareille atrocité.

Faire peau neuve

Ma peau est finalement passée à une uniforme, mais peu appétissante, couleur framboise. Elle a commencé à guérir, c’est-à-dire à s’écailler comme une vielle peinture. Ça craquelait, ça pelait, ça pleumait et bon Dieu que ça picotait!

Le plus étonnant, c’est que malgré cette couleur toujours vibrante (que je n’arborais pas du tout fièrement) et l’impression d’avoir le visage recouvert de sciure de bois, j’ai réussi à me trouver jolie, simplement parce que j’étais moins enflée et que je reconnaissais enfin mes traits. La perception de la beauté n’est vraiment pas absolue, car elle change selon les circonstances. Notre point de vue s’affine et se nuance. Et quand j’ai fini par totalement dessouffler et par perdre ma couleur intense, j’étais contente de retrouver mes cernes gris et les petites lignes qui se forment au coin de mes yeux quand je souris.

Un visage et deux faces

J’ai perdu mes allures de framboise râpeuse et j’ai retrouvé la couleur et la texture de ma peau de pêche, duvet compris. Depuis ces jours affreux où j’ai eu la fraise bourgogne et enflée, je vous assure que ma p’tite bette, je suis bien contente de la retrouver intacte tous les matins. Je lui souris dans le miroir et ce sourire, elle me le rend bien. Puisque la beauté est relative, je peux affirmer que je me trouve maintenant relativement jolie, mais ne vous en faites pas, je ne m’enflerai pas la face avec ça. Le défi à présent, c’est de continuer de m’accepter telle que je suis et d’aimer ce que je vois, car maintenant je sais pertinemment que ça peut toujours être pire.

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Un commentaire Poster un commentaire
  1. Gueuze Lambic
    Déc 7 2011

    Moi, je te trouve pas mal mignonne…

    En ce qui me concerne, j’ai compris la «relativité» en matière de beauté lors d’un voyage en Amérique du Sud. Après deux semaines de «brousse» à camper sur un site archéologique, la sale gueule qu’on avait quand on a été de retour en ville ! Mais là-bas, tout le monde avait une sale gueule de tout façon! Alors on apprend à se dire «…et puis merde, qu’est-ce que je m’en balance de ce que pensent les autres».

    J’ai découvert lors de ce voyage que notre vie devient beaucoup plus facile et agréable quand on apprend à se dire «…et puis merde» !

    Réponse

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