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19 février 2012

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La peur de se mouiller

par Sophie des Temps qui courent

Dans un précédent billet, je vous parlais de l’importance de ne pas se laisser freiner par l’âge pour faire de nouveaux apprentissages. L’automne dernier, j’ai enfin appris à nager. Ça peut sembler anodin, mais dans ma vie, c’est toute une révolution! Et, ça m’a donné matière à réflexion…

Seule sur le sable, les pieds dans l’eau

Voyez-vous, pendant plus de 35 ans, j’ai été « la fille qui ne sait pas nager ». Quand j’accompagnais des amis pour la première fois à la piscine ou au lac, j’étais vraiment embarrassée. Comment leur annoncer sans perdre la face que je ne savais pas nager… à mon âge? Je me souviens de chaudes journées d’été où tous piquaient joyeusement une tête dans le lac, puis me lançaient, étonnés : « Sophie, tu ne viens pas nager? ». Je prétextais ne pas en avoir envie, me trempant parfois les pieds pour me rafraîchir sous le soleil de plomb.

La mer à boire

J’aurais tellement voulu projeter tout mon corps dans l’eau fraîche, avec confiance et aplomb. Mais dans un lac, on ne sait jamais vraiment où est le fond. Notre pied peut glisser sur une roche, il y a des failles, des dénivellations. La peur de me noyer l’emportait sur l’envie de me lancer. J’enviais tellement les autres de pouvoir nager en toute liberté. Même en le souhaitant très fort, moi je ne le pouvais pas et j’en étais horriblement gênée.

À la piscine, je pouvais tout de même patauger dans la partie la moins creuse, à l’abri des profondeurs. Mais, après quelques minutes de trempette, mes comparses s’écriaient « Tu viens? On va plonger ». Et je les regardais s’éloigner vers le tremplin d’un pas allègre et assuré, me laissant derrière à mariner dans le 5 pieds.

Touchée, coulée!

Je me souviens encore avec effroi d’un certain cours d’éducation physique en piscine. Je devais avoir 14 ans. Il fallait nager à tour de rôle pour permettre au professeur d’évaluer notre maîtrise du crawl. Je ne connaissais rien au crawl. Je l’en ai informé, pensant pouvoir m’en sauver. Eh bien non. J’ai donc dû « mimer » le crawl devant une assemblée médusée par ma technique tout aussi singulière qu’inefficace. Sur un groupe de 23, j’étais la seule à ne pas savoir nager. Pour moi, « natation » a longtemps rimé avec « humiliation ». Ma solution? Fuir les piscines pour de bon.

Évoluer en eaux troubles

C’est étrange comme on a tendance à se dire que les dés en sont jetés. On garde, une fois adulte, la même façon de se voir que lorsqu’on était enfant. On s’est fait qualifier de timide à l’école primaire? On se perçoit encore comme tel, même si, des années plus tard, on a fait du théâtre, donné des conférences et pris part à une tonne d’activités sociales. Les mots utilisés par nos proches pour définir notre personnalité semblent écrits à l’encre indélébile dans notre inconscient. Le regard que les autres ont posé sur nous continue de conditionner notre façon de nous voir, des années plus tard. Nous continuons de tenir ces propos pour vrais et de valider ces regards, même s’ils ne reflètent qu’une perception de nous à un moment de notre vie – un moment où nous étions sans doute plus vulnérables et pas encore bien définis.

Se jeter à l’eau

L’automne dernier, je me suis enfin décidée. Je voulais vaincre ma peur des profondeurs et en finir avec « la fille qui ne sait pas nager ». Cette définition devait-elle me coller à la peau pour le reste de ma vie? La seule façon de l’envoyer valser, c’était de passer à l’action. Les cours de natation pour adulte de niveau débutant ne sont pas légion, mais j’étais vraiment motivée… et j’ai trouvé!

En complétant mon inscription, j’avais l’étrange sensation de commettre un délit. Au moment d’acheter mon maillot une-pièce, mon bonnet et mes lunettes, j’étais envahie par un tel sentiment d’imposture que j’ai bien failli lancer à la caissière « C’est pour un cadeau. Vous pouvez l’emballer? » En même temps, l’euphorie me gagnait. Je posais enfin des actions concrètes pour vaincre cette satanée peur de l’eau, et je n’allais pas m’arrêter avant de l’avoir dominée.

Suivre son cours

Arrivée à mon premier cours de natation : je me change dans le vestiaire et mon coeur bat jusque dans mes tempes. Je me répète que c’est absurde de s’énerver comme ça, tout en jetant un coup d’œil à ma silhouette de future nageuse dans le miroir. J’ai presque l’air crédible, mais ça me rassure à peine. Je fais mon entrée. Sur le bord de la piscine, nous sommes 7 ou 8, hommes et femmes, de mon âge ou plus âgés. Je les admire d’avoir osé. Je ne suis plus la seule dans mon camp. Nous voulons tous vaincre notre peur de l’eau… et du ridicule! Car oui, apprendre la natation à 30, 40 ou 60 ans, demande aussi une bonne dose d’humilité.

Notre professeur fait son entrée. Gentille, compétente et dévouée, elle nous montrera un à un les gestes qui nous permettront de nous prendre pour des poissons. Douze cours plus tard, je maîtrise quatre types de nage, dont ce foutu crawl qui m’avait tant fait râler. Et vous savez le plus étonnant? J’adore nager. Vraiment. On me dit même que je suis douée. Pourquoi ai-je attendu si longtemps avant d’en changer?

Nager dans le bonheur

Souvent, on imagine le passage plus difficile qu’il ne l’est en réalité. La peur ou simplement les habitudes nous paralysent et nous empêchent d’avancer. J’ai longtemps été cette fille qui ne sait pas nager, mais on n’est pas forcé de demeurer la même personne toute notre vie. On peut se réinventer. Il suffit de plonger.

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4 Commentaires Poster un commentaire
  1. Fév 19 2012

    Ah, mais quel beau texte! Ça donne le goût en titi de faire tout ce qu’on garde dans un coin de sa tête, pas trop sûr d’être à l’aise…! Moi c’était la cuisine, mais grâce à l’aide de certaines personnes, je m’en sors! Il faut dire que ma curiosité sans fond m’aide un peu! 🙂

    Mais il me reste d’autres petites choses qui me chicotent: le piano, la guitare, le tango tiens! D’autres langues… On nous dit qu’il faut apprendre jeune, que ça va mieux. C’est un peu nous dire qu’après 20 ans, on est déjà bon pour la poubelle! Ça m’énerve… Alors j’essaie de ne pas écouter mes peurs et les doutes… Bon texte pour s’inspirer! Bravo petite « poissonne »!

    Réponse
  2. Josée
    Fév 19 2012

    Bravo Sophie !!! J’ai fais la même chose il y a 3 ans et quoi que je n’avais pas peur de l’eau, je ne savais pas nager et j’ai un peu vécu les mêmes choses alors ton texte m’a fait sincèrement sourire !

    Réponse
  3. Judith Poulin
    Fév 19 2012

    Souvent, tout se passe entre nos deux oreilles : les peurs qu’on entretient, les élans qui nous poussent à oser, mettre fin à la consommation de nicotine, etc. etc. C’est à nous de prendre le contrôle et à foncer… Bravo, et bonnes baignades à venir !

    Un petit mot sur le mot de Valérie la semaine dernière : ton texte m’a poussée à revoir le contenu de mon coffret de CD qui traîne dans ma voiture, et où ce sont toujours les mêmes « tounes » que j’écoute. Je m’occupe à en changer complètement le contenu, question de me rafraîchir les idées… Merci pour la petite poussée !

    Réponse

Rétroliens & Pings

  1. La peur de se mouiller | Les temps qui courent | lacapitaleblogue.com

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