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22 avril 2012

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Le profil pour faire face

par Valérie des Temps qui courent

Peu importe l’angle sous lequel je me regarde, je ne décèle pas chez moi le profil d’une femme d’affaires. Et selon la typologie professionnelle de Holland jadis enseignée à l’école secondaire, il me manquerait le côté « entreprenant ». Malgré des auspices peu favorables, je suis pourtant devenue une entreprise individuelle. L’an dernier, j’ai rejoint les rangs des travailleurs autonomes et je livre depuis un bien étrange combat, exaltant et terrifiant tout à la fois.

Modèles d’affaires

« Mes lunettes, ma mallette, accessoires obligatoires ». J’ai longtemps perçu les entrepreneurs et les gens d’affaires comme des êtres confiants, tirés à quatre épingles, toujours pressés, le cellulaire à la main, l’agenda plein à craquer. Moi, timide invétérée coiffée en coup de vent, je ne m’imaginais pas être faite pour pratiquer ce genre de métier. Convaincue de ne pas avoir la tête de l’emploi, engoncée dans mes préjugés et freinée par ma peur de foncer, j’ai balayé l’option « travailleur autonome » sous le tapis à souris.

Il était une foi

Pourtant, l’idée de faire de la rédaction et de la révision linguistique à la pige refaisait souvent surface. Alors j’ai observé plus attentivement les entrepreneurs, consultants et pigistes autour de moi. Cet examen minutieux a levé mon voile de préjugés. L’habit ne fait vraiment pas le travailleur autonome! L’attitude de gagnant non plus, du moins pas entièrement. La recette pour faire des recettes requiert d’autres ingrédients : discipline, organisation, sens des responsabilités et, surtout, foi en la qualité du « produit » proposé. Ça, je l’ai!

Frais d’admission

Quand on lit le récit du parcours des gens ayant réussi, tout semble simple. Il suffirait de foncer tête baissée armé de sa volonté et ce serait gagné. Ça me coûte de l’admettre, mais ma nouvelle vie professionnelle est loin de ressembler à cette belle ligne droite vers le succès. Même si je m’étais bien renseignée avant de me lancer, il y a un monde de différence entre la théorie et la pratique. Côté technique, ça va. Je maîtrise mon art. Côté psychologique, c’est parfois la panique, car je fais face à tout un lot d’obstacles inattendus.

Difficile entreprise               

Les emplois où l’on doit sans cesse montrer ce qu’on a dans le ventre ne me mettent plus en appétit. Pourtant, je me retrouve encore à fonctionner comme si j’avais quelque chose à prouver en prolongeant déraisonnablement mes heures de travail. Je n’ai jamais connu de patron aussi tyrannique que moi! Mon bureau, accessible 24 heures sur 24, se trouve juste à côté de ma chambre à coucher : la tentation de prendre de l’avance est toujours très forte. Trop souvent encore, je laisse mon travail envahir ma vie privée alors qu’en devenant travailleuse autonome je souhaitais davantage être maître de mon temps. Il est difficile de perdre mes réflexes d’employée hyper zélée!

Lost in transaction

Mon domaine, c’est le langage écrit, pas les chiffres. Négocier un contrat, facturer un client et faire mes impôts de compagnie représentent encore pour moi des opérations bien mystérieuses relevant du compte de fée. Toutefois, apprivoiser mes nouvelles tâches s’avère un mal nécessaire, car bien que détestant profondément la facturation, j’adore recevoir des chèques!

Je n’ai pas non plus la narine marchande. Heureusement, l’expérience m’a appris une chose : les meilleurs vendeurs ne sont pas forcément les meilleurs rédacteurs. Voilà qui me réconforte un peu quand vient le temps d’offrir mes services à de nouveaux clients. Même si je tremble comme une feuille, pour me donner du courage, j’essaie de me rappeler à quel point mes clients actuels apprécient la qualité de mon travail et ma diligence. Ça me motive à aller au-delà de ma peur et de mon stress initiaux.

L’assurance d’une compagnie

Démarrer une entreprise comporte son lot de frustrations pour une orgueilleuse aimant performer et voulant tout réussir rapidement et parfaitement, du premier coup, sans jamais demander d’aide. « Travail autonome » rimait pour moi avec « travail solitaire », mais j’ai vite réalisé à quel point j’avais besoin des autres.

Mes revenus encore irréguliers, je dois accepter, pour un temps, de dépendre financièrement de mon amoureux. L’aide de certains mentors m’est aussi très précieuse. Mon père, lui aussi travailleur autonome mais dans un domaine différent, me prodigue de bons conseils et m’aide à trouver des solutions concrètes. Il m’arrive aussi de faire appel à une consoeur pigiste dans les moments où le doute m’assaille ou lorsque le travail en solitaire me pèse. On prend des pauses détente au téléphone, on se fait un pep talk sur Skype ou, ensemble, on noie notre stress dans le café. De plus, pouvoir compter sur ma famille et mes amis confère une plus-value à mon travail. Cette charmante petite communauté est toujours prête à me soutenir et à retenir mon anxiété par les épaules tandis que je lui flanque une raclée!

Faire une femme d’affaires de soi

Je n’ai pas encore atteint mon allure de croisière, mais le vent prend dans la voilure. J’ai ajouté deux mots au vocabulaire de mon plan d’affaires : patience et humilité. L’aventure n’a rien de facile, mais j’adore ce travail. Que ce projet professionnel fonctionne ou non, je ne pourrai jamais sombrer dans l’aigreur et les regrets à grandes rasades de « si j’avais osé ». Quoi qu’il arrive, j’aurai tenté ma chance.

Après tout, je ne suis pas davantage née employée salariée que travailleuse autonome. J’ai appris à fonctionner dans le premier type de métier, maintenant je choisis d’apprivoiser la seconde option. Il y a plus d’un modèle de travailleur autonome, plus d’un chemin vers la réussite. Je procède à mon rythme et à ma façon. Souvent, la peur me fige au début d’un nouveau contrat de pige. Mais en passant à l’action, je deviens la femme de la situation et ça me remplit d’une fierté sans nom!

Aussi, si le cœur vous en dit, ne vous privez pas d’essayer d’endosser certaines responsabilités pour lesquelles vous ne vous sentez ni de taille, ni taillé. La preuve est faite : même sans avoir le bon profil, on peut très bien faire face!

Devenir une entreprise individuelle vous tente? Lisez Le Guide du travailleur autonome. Tout pour faire carrière chez soi de Jean-Benoît Nadeau (2e édition, Québec Amérique, 2007).

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6 Commentaires Poster un commentaire
  1. Judith Poulin
    Avr 22 2012

    Décidément, les illustrations sont de plus en plus attrayantes, fouillées, passionnantes… Bravo, et bon courage pour la suite des choses. Patience et humilité ne sont pas facilement accessibles, mais c’est faisable. Chaque individu trouve sa façon de les intégrer dans sa vie. J’adore votre parution, les filles, et j’attends toujours la suivante avec impatience (eh oui, il m’en reste un peu, quand même…).

    Réponse
  2. Josée
    Avr 22 2012

    Wow, quel beau billet qui arrive tellement à point… Merci !

    Réponse
  3. Lise Poulin
    Avr 22 2012

    Bravo pour le texte et pour les illustrations, hiéroglyphes et cartouches ! C’est magnifique !

    Lise

    Réponse
  4. Avr 23 2012

    J’aime le mot « autonome » de « travailleur autonome ». C’est le summum de la liberté et…de la responsabilité. Mais je crois que la principale qualité d’un travailleur autonome, c’est l’organisation et surtout la débrouillardise. Bravo!

    Réponse
  5. Daniele de la gaspésie
    Avr 27 2012

    La passion est souvent un mal nécessaire pour réussir:) si on aime ce que l’on fait, on atteint au moins ce but. Le reste se fait un jour à la fois… comme de la broderie, toujours reprendre l’aiguille et voir le résultat final plutôt que le petit point:) Félicitations pour ton courage et détermination. Au plaisir de te relire Valérie.

    Réponse

Rétroliens & Pings

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