Aller au contenu principal

1 mai 2012

4

Plus grand que soi

par Sophie des Temps qui courent

Dans le cynisme et l’individualisme des années 90, une amie de ma génération X me demandait : « Tu n’as pas peur de faire naître des enfants dans le monde dans lequel on vit? » Et moi de lui répondre : « Non, car je suis sure que nos enfants feront beaucoup mieux que nous ». J’avais raison : depuis 12 semaines, la solidarité n’est plus seulement une image d’archives des années 70, elle a refleuri dans nos rues. Ils sont beaux et émouvants à voir ces milliers d’étudiants qui pensent au « nous » plutôt qu’au « je », qui se tiennent debout ensemble contre vents et marées et qui, du haut de leur vingt ans, refusent de jouer à « Jean dit », et ce malgré toutes les tentatives du pouvoir en place pour les infantiliser et les discréditer. Ça faisait longtemps, dis donc, et ça fait du bien : merci!

Ne tuez pas la beauté du monde

Pourtant, dans les commentaires des articles et des blogues, à la radio et autour des machines à café, je vois bien que tous ne partagent pas mon enthousiasme. Il s’en trouve pour penser que les manifestations, c’est comme le gazon trop long : ça fait pas propre – donc il faut y couper court. Ceux-là, tannés de voir les étudiants passer à la télé plus souvent que les vedettes de Star Académie, poussent leur gueulante bien sentie, avec sacres assortis, à l’endroit de ces « paresseux d’enfants gâtés » qu’il faudrait mater sans plus tarder. Je les trouve patients, les étudiants. Pendant que le gouvernement essaie très fort de les faire passer pour de violents enragés, c’est moi qui enrage de voir toute la violence et la mauvaise foi qu’ils se prennent en plein visage. En vérité, ils sont admirables, courageux, intègres et éloquents. Peut-on en dire autant de nous, bien assis sur nos divans?

Mouvement accéléré

Une partie de mes contemporains ne veut qu’une chose : pouvoir continuer de jouer tranquille à « mon spa est plus gros que le tien ». Pendant ce temps, la nouvelle génération se mobilise et se démène depuis des semaines pour l’accès à l’éducation, un enjeu collectif crucial pour toute une société et aussi pour les générations à venir. On essaie de diviser le mouvement; ils demeurent solidaires. On diabolise un de leurs porte-parole; ils font front commun. On ignore leurs revendications dans une guerre d’usure; ils tiennent bon. On essaie de faire dévier le débat ou de le ramener au ras des pâquerettes, ils gardent leurs idéaux élevés et persistent à regarder autre chose que leur nombril et plus loin que le bout de leur nez. Voir plus grand que soi : on n’était pas habitué à ça… et on ne l’avait pas vu venir!

La vie devant soi

Oui, cette génération fait beaucoup mieux que nous qui avons passé notre vie à prendre notre trou comme des souris, à nous désengager de la sphère publique pour écouter « Décore ta vie », à ronger notre frein, chacun dans son coin, en regardant de biais notre voisin. Pourquoi ne pas simplement l’avouer avec humilité et en profiter pour enfin grandir un peu en société? La solidarité? C’est un nouveau plat auquel plusieurs refusent encore de toucher. Trop exotique, sans doute. Mais si on en prenait ensemble une petite bouchée au lieu de faire la grimace, je crois que nous aussi on pourrait aimer. Et puis en attendant, si c’est trop dur à avaler, cessons au moins de cracher dans la soupe.

Publicités
Lire plus de Raisons sociales
4 Commentaires Poster un commentaire
  1. Mai 1 2012

    Moi aussi, je l’aime cette génération. Elle me surprend. M’inspire.

    Je suis née exactement l’année où les spécialistes délimitent la génération X de la Y. Je n’ai jamais donc su de quel bord je suis. Un peu X, un peu Y?

    Mais aujourd’hui, si je peux choisir, je veux être une Y. So, so, so, solidarité!

    Réponse
  2. Judith Poulin
    Mai 1 2012

    Ce que je trouve beau, c’est l’apprentissage de la solidarité, de l’implication dans la vie publique, avec une cause juste qui concerne les étudiants en grève, mais aussi ceux qui vont les suivre sur les bancs des CEGEP et des universités. C’est la conscientisation qui naît et qui restera présente dans leur vie. On dit souvent des jeunes qu’ils ne s’intéressent pas à la chose publique, à la politique. Eh bien, voilà, ils s’y intéressent maintenant, et je crois qu’ils continueront de s’y intéresser, car ils auront été marqués par cet élan de solidarité et cette lutte qu’ils auront menée avec dignité, calme et patience. Bravo !

    Réponse
  3. Danièle
    Mai 1 2012

    Le débat des jeunes débassent largement celui des frais de scolarité et les hautes instances en sont bien conscients… c’est un tournant qui n’était pas prévu et le virage est loin d’être terminé. Je dis bravo pour leur courage et détermination mais aussi pour leur savoir et solidarité.

    Réponse

Rétroliens & Pings

  1. Plus grand que soi | Les temps qui courent | lacapitaleblogue.com

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Remarque : Le HTML est autorisé. Votre adresse email ne sera jamais publiée.

S'abonner aux commentaires

%d blogueurs aiment cette page :