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19 août 2012

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Décrochage solaire : donner une vraie chance aux vacances!

par Valérie des Temps qui courent

De nos jours, plus besoin de se trouver physiquement sur son lieu de travail pour faire progresser des dossiers. Les technologies récentes en matière de communication ont métamorphosé le monde de l’emploi. Ordinateurs portables et téléphones intelligents, souvent fournis par la compagnie, font garder avec le boulot un lien constant. Mais ces très addictives « laisses technologiques », en s’insinuant dans la vie privée des gens, leur font cumuler un nombre impressionnant d’heures supplémentaires de travail bénévole.

Au resto en bonne compagnie, sur une plage paradisiaque ou au cœur de Paris, on peut être tenté de consulter ses messages, de répondre à ses courriels et à ses appels professionnels, et ainsi faire en sorte qu’au travail tout continue à rouler comme si on n’était jamais parti. Mais lorsqu’on est officiellement et de plein droit en congé et qu’on travaille malgré tout à distance, est-ce que ça s’appelle encore des vacances? Se pourrait-il que nous sous-estimions notre besoin de récréation?

Au nom de la loi, on s’arrête!

Les vacances sont un droit reconnu par la Loi québécoise sur les normes du travail. Elles sont prévues dans les frais d’exploitation des entreprises et celles-ci sont obligées d’offrir deux semaines de vacances continues – oui, sans interruption! –  aux employés comptant une année de service, et un minimum de trois semaines à ceux en comptant cinq.

Au Québec pourtant, seulement un tiers des travailleurs prennent toutes les journées de vacances auxquelles ils ont droit, et même ceux-ci gardent bien souvent ouverts les canaux de communication avec le boulot. Si certains restent branchés sur une base volontaire ou encore par difficulté à laisser aller, plusieurs vous diront qu’ils sentent une pression immense pour le faire.

Du bout du fil au bout du rouleau

Succomber à cette pression n’est pas sans conséquence. Le taux d’absentéisme prolongé au travail pour des troubles psychologiques ou nerveux est en hausse. Car comment se repose-t-on si l’on doit interrompre ses vacances pour répondre aux demandes d’un patron? On ne commence à décrocher vraiment qu’entre la 7e et la 10e journée de congé. C’est entre autres pour ça que le Conseil de la famille et certains syndicats proposent de « forcer » les gens à se reposer en faisant passer la période de vacances minimale de deux à trois semaines, en plus de les rendre obligatoires. Car les congés de maladie liés au surcroît d’ouvrage et au surmenage coûtent cher à tout le monde, aux employeurs comme à l’État. Mais le plus grand coût est évidemment assumé par le travailleur lui-même.

Santé minée, problème mineur?

Le rythme dément adopté par de plus en plus d’environnements professionnels mène souvent à l’épuisement de l’employé. Il mine sa santé physique, mais aussi son équilibre psychologique.

Voilà le hic : comme la fatigue mentale ne se voit pas (ni sang, ni plaie, ni pansement), elle est bien souvent sous-estimée et considérée comme un handicap négligeable, voire perçue comme une faiblesse personnelle déplorable. Pourtant, un travail intellectuel intense et de longue durée exige une rigueur, une constance et une capacité de concentration comparables à celles d’athlètes. Mais tout sportif sait bien que la période de repos est tout aussi importante que l’entraînement si on veut obtenir de bons résultats et donner un meilleur rendement. C’est la même chose pour le travail intellectuel. Pour bien récupérer ses capacités, réduire le risque de commettre des erreurs ou d’oublier des éléments importants, et éviter les « blessures psychologiques », même un esprit aguerri a besoin de répit, tout comme le corps d’un athlète après l’effort.

Agent d’efficacité énergétique

Travailler de longues heures ne garantit pas la qualité du travail, pas plus que de continuer à se pousser quand on approche du fossé. Les pauses, les jours de congé et les vacances servent à éviter que les nerfs claquent par excès de clics, et pas à prendre de l’avance dans ses dossiers. L’idée de rester disponible ou de « s’avancer » peut sembler bonne de prime abord, mais sur le long terme, il n’en est rien. Toute avance prise lors de vacances risque fort d’être perdue plus tard dans l’année quand la réserve d’énergie, pas assez ou mal rechargée, frôle la pénurie ou quand la maladie nous met aux arrêts.

La dévotion au travail a ses limites : celles de l’équilibre psychologique. Et puis on est plus utile à notre employeur quand on parvient à prendre du recul par rapport à nos dossiers. Un esprit reposé commet moins d’erreurs, génère plus de nouvelles idées, trouve plus facilement des solutions et conserve un bon niveau de motivation. En ce sens, les vacances se présentent comme un formidable investissement! Tout le monde gagne à ce que chacun soit reposé!

Du smart phone au smart fun

Pour ressentir les bienfaits du temps d’arrêt, ça prend une cassure nette dans la routine quotidienne, un changement de rythme significatif. Délaissons donc la course de fond pour nous délasser sans remords au fond de la cour afin de ne pas reprendre le boulot plus crevé qu’avant de partir en congé! Puis, congédions le travail pour employer notre temps autrement. En accomplissant des activités complètement différentes de celles liées à notre emploi, on libère notre cerveau de ses préoccupations habituelles.

La clé, c’est d’avoir du plaisir, de flâner, de rêvasser et de rire. Donc on visite des gens qu’on aime, on s’adonne à des activités qui nous plaisent et on dépense de l’énergie en plein air pour évacuer le stress et les tensions accumulés. Surtout, on ferme l’ordinateur et le cellulaire pour s’ouvrir au moment présent! Car à quoi bon faire des activités avec le conjoint, la famille ou les amis quand notre esprit vagabonde sans cesse vers le boulot et que nos pouces s’activent frénétiquement sur des textos? En vacances, relevons le défi de réunir au même endroit notre corps et notre esprit. Pour qu’elles soient profitables et bonnes, donnons-nous une chance de vraiment décrocher… sauf si ça sonne!

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4 Commentaires Poster un commentaire
  1. Judith Poulin
    Août 19 2012

    Bravo ! C’est tellement vrai, ce que vous appelez « laisses technologiques ». Ça a commencé avec le téléphone, et puis ça s’est amplifié sans limite.

    Les illustrations sont toujours aussi craquantes !

    Réponse
  2. Août 20 2012

    Faut croire que c’est le sujet de l’heure puisqu’au moment où je publie un texte sur « on se relaxe le pompon » et fais référence à votre site dans mon article, vous publiez ça!
    http://www.mauvaiseherbe.ca/2012/08/20/une-heure-de-plus-au-calvaire/

    En tout cas, toutes mes félicitations, c’est toujours aussi bien tourné, les phrases sont savoureuses à lire et le propos tout à fait juste!

    Et c’est vrai que les illustrations sont super. Surtout le chien qui nage…

    Réponse
  3. François M
    Août 20 2012

    «Du smart phone au smart fun»

    C’est une des meilleures mutations linguistiques dont j’ai lu de ma vie. Géniale!

    Réponse
  4. Denis Petitclerc
    Juil 25 2014

    J’adore 🙂 Et voici mon petit bout préféré « congédions le travail pour employer notre temps autrement. »

    Réponse

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